Madame de Lafayette, première femme au programme du baccalauréat littéraire.

Houilles, le 31 octobre 2019.

Madame de Lafayette, première femme au programme du baccalauréat littéraire

Alors que jusqu’ici seules les œuvres d’auteurs masculins s’étaient succédé au programme, Madame de Lafayette est devenue ( depuis maintenant un an ) la première femme inscrite au programme obligatoire du baccalauréat littéraire. Les élèves de terminale littéraire étudieront donc une plume féminine en s’appuyant sur la nouvelle La Princesse de Montpensier ( 1662 ). En effet, c’est l’histoire de Mlle de Mézières qui devient Madame de Montpensier après son mariage arrangé avec le prince de Montpensier. Mais, la jeune femme est en réalité amoureuse du duc de Guise : on suit donc le destin de cette princesse entre amours et guerres et son combat contre elle-même, entre vertu et passion. Si une femme est enfin inscrite dans les programmes scolaires, c’est grâce à une pétition lancée en 2018 par une professeure de lettres. Elle y dénonçait l’absence de figures féminines dans les programmes du baccalauréat littéraire.
On se demande pourquoi Madame de Lafayette et pas une autre : qui est-elle ? Elle est dite d’un
« bel esprit » par ses contemporains comme Racine et Boileau mais aussi La Rochefoucauld dont elle fut très proche. Elle était élégante et écrivait avec un génie et une intelligence propres à elle. Ainsi, entourée de la gent masculine, elle publie La Princesse de Montpensier anonymement puis la fait ensuite signer du nom de « Segrais », un homme. En effet, son statut de noble ne lui permet pas de se « réduire » à ce métier d’écrivain, sans oublier qu’une femme ne doit pas et ne peut pas être en mesure d’écrire un roman à cette époque. Dotée d’un immense courage, elle poursuivra donc son chemin dans l’écriture, une écriture qui prouvera son talent. Son génie s’est également traduit dans ses choix d’écriture, notamment dans le fait d’avoir inscrit son histoire ( l’action de la nouvelle ) au siècle précédent le sien et ceci pour plusieurs raisons. Ce siècle correspond à une période glorieuse qui fascinait encore à l’époque de l’auteur ; cependant on peut surtout souligner la modernité de l’auteure qui a voulu faire un saut entre le passé et le présent. De plus, elle a également introduit dans sa nouvelle des personnages réels de l’aristocratie française, alors que d’autres sont fictifs, ce qui n’était pas commun à son époque. Elle a été une femme libre en rompant avec la tradition romanesque.
De surcroît, on sait que la majorité des élèves en classe littéraire sont souvent des filles ce qui justifie le choix d’étudier au moins une femme auteure dans l’année. Cela est une manière d’être représentée, et, dans le cas de cette nouvelle de s’identifier au personnage principal tourmenté par l’amour, mais aussi de montrer aux jeunes filles que les femmes peuvent, elles aussi, faire carrière dans les lettres. Pour celles qui le savent déjà, c’est un moyen d’explorer, de découvrir de nombreuses femmes auteures que les élèves ne connaissent souvent pas. Sans oublier les garçons, à qui cela ne ferait pas de mal non plus. Aussi étudier des œuvres de femmes et d’hommes peut faire l’objet de comparaisons et l’on peut voir comment les émotions sont perçues par chacun ; et quoi de mieux qu’une femme pour évoquer les émotions d’une autre femme. Il faut comprendre que le but n’est pas de dénoncer un acharnement machiste mais seulement de faire changer les choses, d’apporter une nouveauté même si nous avons dû attendre cette fameuse année 2018, vingt ans après l’existence de cette section pour qu’une femme se fasse entendre sur ce sujet.
Madame de Lafayette est l’une des nombreuses auteures françaises qui, toutes, ont à apporter aux élèves de première ou de terminale littéraire. Elles peuvent, chacune d’ elles, être un exemple, une figure à suivre. On veut voir la représentation hommes-femmes dans les programmes scolaires qui véhicule un modèle de société actuelle et non antérieure. En espérant que cette première ne soit pas une exception, mais un début. Les auteures françaises ont beaucoup à offrir aux jeunes lecteurs : Simone de Beauvoir, George Sand ou encore Madame de Sévigné, d’autres encore que les élèves pourraient rencontrer. Nos remerciements à Françoise Cohen, l’auteure de la pétition qui s’intitulait : « Pour donner leur place aux femmes dans les programmes de littérature du Bac L ».

Merci à vous. Joyce Kandha, Tale L2